La FRÉNÉSIE de Nuit Blanche Ottawa + Gatineau

par: Lydia Miliokas

Cette année, les organisateurs de la Nuit Blanche Ottawa + Gatineau invitent les artistes à s’inspirer du thème FRÉNÉSIE∕HYPE pour réaliser leurs créations. Ces mots sont évocateurs de paradoxes et chargés d’une myriade de significations positive et négatives associées à la fébrilité individuelle et collective à l’approche d’un événement, à l’excès, à l’illusion et, par la force des choses, au désenchantement. Comme il en est question dans l’appel aux artistes publié il y a quelques jours par l’équipe de création de NBOG, la théorie du Hype Cycle élaborée par Gartner Inc. illustre bien comment le mot hype désigne à la fois un état et un processus, un concept très abstrait qui se matérialise par son application. Les organisateurs de NBOG 2015 proposent aux producteurs culturels de s’inspirer de la nuit et de laisser la frénésie les guider vers un nouvel espace expérimental où ils seront libres d’échanger leurs idées, de les développer afin d’innover et de faire ressortir le plein potentiel de leurs œuvres.

Le thème FRÉNÉSIE exprime bien le caractère dynamique de cet événement nocturne et offre aux artistes la possibilité d’ouvrir leurs horizons. Il évoque également l’importance du rôle du public, qui consiste en quelque sorte à donner un sens aux œuvres des artistes. La frénésie est une expérience sensorielle en soi qui peut atteindre des proportions grandioses dans l’espace restreint qu’occupe ce festival d’art urbain. Dans son article The Tourist Affect: Escape and Syncresis on the Las Vegas Strip, Rob Shields décrit le caractère changeant des émotions et explique que celles-ci « permettent le tissage de liens sociaux à l’intérieur d’un espace temporel et physique et, par le fait même, contribuent à inscrire les relations sociales dans un espace défini. Les émotions sont le point de contact entre l’espace physique et la vie sociale, tout comme corps et objets interagissent au sein d’un territoire donné » [traduction libre] (Shields 121). Ainsi, la frénésie est omniprésente, tantôt tangible, matérialisée dans les œuvres d’art présentées, tantôt impalpable, comme une barrière psychologique permettant au public patienter jusqu’à la tombée de la nuit.

Ressentie autant par les artistes que par les spectateurs, la frénésie (ou le hype), est une émotion individuelle vécue différemment d’une personne à l’autre. Paradoxalement, la deuxième acception donnée au mot hype, soit « battage », renvoie au sensationnalisme, à la promotion et au spectacle. La fébrilité grandit puis se dissipe, évoluant à mesure que la foule s’amasse puis se disperse, les participants prenant part à l’événement tout en échangeant et en redécouvrant l’espace qui les entoure. La frénésie constitue donc un aspect fondamental forgeant le caractère social d’événements comme la Nuit Blanche, durant lesquels des gens provenant de différents quartiers, groupes sociaux et communautés se réunissent non seulement pour partager une expérience, mais pour en accroître la signification et donner un nouveau sens à l’environnement où elle se déroule.

Ouvrages cités

Shields, Robert. The Tourist Affect: Escape and Syncresis on the Las Vegas Strip. Ecologies of Affect: Placing Nostalgia, Desire, and Hope. Ed. Tonya K. Davidson, Ondine Park et Rob Shields. Waterloo: Wilfrid Laurier Press, 2011. 105 – 126.

Lydia Myliokas est étudiante à la maîtrise en beaux-arts (études interdisciplinaires), Faculté des beaux-arts, University of Regina.

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